Empathie, sympathie et compagnie: quelle différence et quels usages au travail?

 

Crédit photo: mohamed Hassan de Pixabay

Dans le top 10 des compétences les plus recherchées par les recruteurs

L’intelligence émotionnelle et les soft skills (traduit par compétences douces dans la langue gauloise) ont maintenant leur place dans le monde du travail et on entend de plus en plus parler d’empathie. Cette compétence serait particulièrement recherchée par les recruteurs chez les managers (elle est dans le top 10 des compétences les plus recherchées), alors qu’elle était traditionnellement plutôt valorisée notamment dans les métiers du soin à la personne, du social et de l’éducation. Aujourd’hui l’empathie semble « à la mode » et serait une qualité humaine – un « soft-skill » – de plus en plus prisée par les entreprises.

Mais qu’est-ce que l’empathie ?

Est-ce d’ailleurs, une compétence que l’on peut acquérir, une qualité innée, une émotion ? Sur ce sujet, une personne que j’accompagnais récemment dans sa prise de poste et qui rencontrait des difficultés à comprendre le stress d’un de ses équipiers m’a récemment dit « ok pour l’empathie mais je ne veux pas me mettre dans les chaussures de l’autre, ça voudrait dire que je suis sympa et je n’ai pas envie d’être sympa ».

Cette réflexion m’a suscité l’envie de clarifier dans cet article les mots et les concepts de sympathie, d’empathie et même de compassion qui semblent parfois être utilisés de manière interchangeable alors qu’ils couvrent des pensées, des émotions et des comportements différents.

Commençons par la sympathie, qui nous est plus familière. Selon la définition du Larousse, elle est un « penchant naturel, spontané et chaleureux de quelqu’un vers une autre personne ». Elle est donc par définition un sentiment positif que l’on ressent à l’égard de l’autre. Par sympathie, on va pouvoir proposer d’aider un ami, un proche, on va s’inquiéter de le voir triste et se réjouir de le voir heureux sans pour autant ressentir l’émotion qu’il ressent. Comme l’étymologie l’indique (latin sympathia, du grec sumpatheia, compassion), on « souffre avec » parce qu’on a de l’affection pour l’autre mais on ne va pas forcément comprendre et ressentir ce que l’autre ressent parce qu’on n’a pas forcément les clés pour se mettre à la place de l’autre, simplement la préoccupation qu’il soit bien. Avec la sympathie, il y a donc une implication émotionnelle (on « souffre avec ») liée à l’affectivité que l’on a pour l’autre mais pas forcément à l’internalisation des sentiments de l’autre. Pour cela, il y a l’empathie.

L’empathie (du radical latin in-et im-(en-) et du groupe suffixal grec-pathein (sentir) est ainsi définie comme la « faculté intuitive de se mettre à la place d’autrui, de percevoir ce qu’il ressent ». L’usage de ce mot devait donc être réservé à « notre capacité à internaliser l’état mental de l’autre ». Etre empathique ne veut cependant pas dire être d’accord et cautionner mais comprendre les émotions de l’autre en se mettant à sa place. Cela ne veut pas non plus dire qu’on « souffre avec » (on tomberait alors dans la compassion) et c’est là toute la subtilité dans la maîtrise de cette capacité qui est requise dans les métiers d’accompagnement.

La notion d’empathie recouvre 3 composantes :

  • l’empathie émotionnelle ou affective, au cœur de l’ intelligence émotionnelle, qui permet à une personne de ressentir de manière intuitive (automatiquement et naturellement) les états affectifs de son interlocuteur.
  • l’empathie cognitive ou intellectuelle qui permet à une personne de percevoir et comprendre les états psychiques de son interlocuteur sans porter de jugement. On parle alors de « mentalisation » ou encore de « théorie de l’esprit ».
  • l’empathie comportementale, aspect de la communication verbale qui consiste à inconsciemment mimer les gestes et postures de son interlocuteur.

Tous empathiques?

On le voit dans la définition et on le constate de manière spontanée chez certaines personnes : l’empathie a un caractère inné. Nous sommes tous doué d’empathie et partageons d’ailleurs cette capacité avec les grands singes. La question qui se pose alors serait donc : « que faire de cette empathie au travail si nous l’éprouvons naturellement ? »

Et c’est à mon sens là que l’éthique de chacun, ses valeurs et ses choix vont guider les comportements. L’empathie ne fait du bien que si l’on en fait bon usage et si nos intentions sont bonnes. Les pièges de l’empathie en entreprise sont multiples :

  • si l’on se laisser submerger et contaminer par les émotions de son interlocuteur, on peut tomber dans la compassion, ce « sentiment de pitié qui nous rend sensible aux malheurs d’autrui » et nous fait agir, avec le gros risque de ne pas apporter les réponses adéquates et de déposséder l’autre de son autonomie.
  • à l’inverse, pour ne pas tomber dans le « sensible », le « pathos », beaucoup de managers se coupent de leur empathie naturelle et se montrent hermétiques au monde intérieur de l’autre.
  • l’empathie peut par ailleurs servir des stratégies manipulatoires si les valeurs de la personne en empathie ne sont pas associées à un sens moral et vertueux et que cette personne cherche à servir ses propres intérêts au détriment des besoins de l’autre. La personne empathique se sert alors de sa grande compréhension des autres pour les manipuler.

Alors quelle place pour l’empathie au travail?

Pour résumer : nous sommes tous doués d’empathie. Mais selon notre niveau de conscience et de maîtrise de cette capacité, nous pouvons tomber dans les pièges de la compassion ou de la manipulation. Pour ne pas en faire une compétence « vide », il serait donc intéressant que les recruteurs et les dirigeants, au-delà de rechercher l’empathie des collaborateurs, cherchent plutôt à les sensibiliser à la reconnaissance, l’emploi et la maîtrise de cette capacité, tout en s’assurant que les valeurs de la personne sont associées à un certain sens moral. Comme toute capacité, elle est intéressante si l’on en fait bon usage : l’empathie d’un manager est aidante si elle est utilisée comme un « pouvoir pour » et non un « pouvoir sur ». On devrait donc qualifier l’empathie de positive ou négative selon l’usage que l’on en fait.

Et vous, quelle place accordez-vous à l’empathie au travail ? S’agissant d’un concept nomade et fragile, exploré par divers courants de pensées, nous sommes curieux des différentes appréhensions. Partagez-nous vos commentaires et anecdotes sur le sujet.

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